mercredi 11 avril 2012

Spéculer sur la dette française à partir du 16 avril ?

13 ans après la disparition du MATIF, le marché à terme des instruments financiers, une semaine avant les élections Française, tous les spéculateurs du monde entier pourront facilement vendre à découvert de la dette française. Facilement. A coûts bas. Et avec un effet de levier maximum.


A partir du 16 Avril, tout le monde pourra spéculer contre la dette Française

C'est une annonce qui est passée relativement inaperçue. Le 16 Avril, soit, quelle coïncidence, une semaine avant le premier tour des élections françaises, le marché des dérivés, l'Eurex, va ouvrir un contrat à terme sur les emprunts d’État français.. Qu'est ce que cela veut dire? Très simplement. Jusqu'à présent, si vous vouliez spéculer contre la dette Française, vous n'aviez que deux moyens : acheter des CDS, ces fameux contrats d'assurance contre la faillite, ou vendre à découvert des emprunts d'état Français, deux moyens destinés aux grandes institutions financières et aux gros fonds spéculatifs et qui nécessitaient de gros moyens.

Avec l'ouverture de ce contrat, ce sera plus facile

Tout le monde ou presque pourra acheter ou vendre à découvert des emprunts d’État Français. Facilement. Et en plus avec un effet de levier de 20. C'est-à-dire qu'avec 50,000 euros seulement vous pourrez vendre à découvert 1 million d'euros d'emprunts d’État Français. C'est l'arme idéale pour attaquer la France. Cela fait plus de 13 ans qu'avec la disparition du MATIF, le marché à terme des Instruments Financiers, on ne pouvait plus spéculer contre la France aussi facilement.

On va dire que c'est une simple coïncidence. Que c'est un hasard si quelques jours avant les élections Françaises, les spéculateurs du monde entier se dotent d'une arme fatale, bon marché, et à fort effet de levier pour s'attaquer à la dette Française. Il n'y a pas de complot. Rassurez-vous. Dormez tranquille. Il ne se passera rien…

Source : Monfinancier.com

vendredi 23 mars 2012

Greg Smith, Goldman Sachs et le New York Times

Voici la traduction de la tribune de Greg Smith, ex-responsable de 33 ans des produits dérivés pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient de Goldman Sachs, qui avait écrit le 14 mars dans le New York Times une tribune assassine sur la banque. Ce qu'on savait déjà. Mais cela ne fait pas de mal d'avoir des témoignages d'employés de Goldman Sachs, une banque qui, selon Greg Smith, n'hésite pas à vendre des produits inadaptés à ses clients du moment que le profit est au rendez-vous.

greg smith goldman sachs
Greg Smith, héros tricard à vie à Wall Street.

Aujourd’hui, c’est mon dernier jour chez Goldman Sachs. Après presque 12 ans passés dans l’entreprise – d’abord comme stagiaire, l’été, tout en étudiant à Stanford, puis à New York pendant 10 ans, et maintenant à Londres – je crois que j’y ai travaillé assez longtemps pour pouvoir expliquer sa culture d’entreprise, parler de ses employés et de son identité. Et, pour être honnête, je peux dire que l’environnement de travail y est désormais toxique et destructeur comme jamais auparavant.

Pour décrire le problème dans les termes les plus simples, les intérêts du client demeurent très éloignés de la façon dont l’entreprise fonctionne et gagne de l’argent. Goldman Sachs est l’une des banques d’investissement les plus puissantes et les plus importantes au monde, mais elle est bien trop intégrée à la finance mondiale pour se permettre de continuer à agir de la sorte. L’entreprise a tellement changé depuis que je l’ai rejointe, dès la sortie de l’université, que je ne peux plus, en toute conscience, dire que je m’identifie à ce qu’elle représente.

culture entreprise
La culture d'entreprise, c'est bath !

Cela pourrait sembler surprenant à un public sceptique, mais la culture d’entreprise a toujours été une part essentielle de la réussite de Goldman Sachs. Travail en équipe, intégrité, humilité, et intérêt du client érigé en principe. La culture d’entreprise était l’ingrédient secret qui a fait de cette entreprise un haut lieu de la finance mondiale et nous a permis de gagner et conserver la confiance de nos clients durant 143 ans. Il ne s’agissait pas seulement de gagner de l’argent, ce qui ne suffirait pas à maintenir pérenne une entreprise si longtemps. Cela avait à voir avec un sentiment de fierté et de loyauté envers l’entreprise. Je suis triste, lorsque je regarde autour de moi aujourd’hui, de ne voir presque plus trace de cette culture qui m’a fait tant aimer travailler au sein cette entreprise pendant ces nombreuses années. Je n’ai plus cette fierté, ni cette loyauté.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Durant plus d’une décennie, j’ai recruté et encadré les candidats tout au long de notre épuisant processus de recrutement. J’ai été choisi pour faire partie des 10 personnes (sur une entreprise en comptant de plus de 30 000) qui apparaissent sur notre clip vidéo de recrutement, lequel est diffusé sur tous les campus universitaires que nous visitons à travers le monde. En 2006, j’ai géré le programme des stages d’été de vente et de négociation à New York pour 80 étudiants du cycle supérieur, 80 étudiants sélectionnés parmi des milliers.

Je savais qu’il était temps de partir quand j’ai réalisé que je ne pouvais plus regarder les étudiants dans les yeux et ne pouvais plus leur dire que c’était l’endroit idéal pour travailler.

lloyd blankfein juif dieu gay
Lloyd Blankfein, bientôt dans l'Enfer de la Divine Comédie de Dante.

Lorsque l’on écrira l’histoire de Goldman Sachs, on pourra indiquer que le PDG actuellement en poste, Lloyd C. Blankfein, et le président du conseil, Gary D. Cohn, ont laissé se perdre cette culture d’entreprise sous leur mandat. Je crois vraiment que ce déclin éthique de la firme représente la seule véritable menace pour sa survie à long terme.

Au cours de ma carrière, j’ai eu le privilège de conseiller deux des plus grands hedge funds de la planète, cinq des plus grands gestionnaires d’actifs des États-Unis, et trois des fonds souverains les plus importants du Moyen-Orient et d’Asie. Mes clients possèdent des actifs pour un total de plus de 1000 milliards de dollars. J’ai toujours eu beaucoup de fierté à les conseiller et à faire ce que je crois profitable pour eux, même si cela signifiait moins d’argent pour l’entreprise. Ce point de vue est de plus en plus impopulaire chez Goldman Sachs. Un autre signe qu’il était temps de partir.

Comment en sommes-nous arrivés là ? La firme a changé la façon dont elle concevait le leadership. Auparavant, le leadership c’était donner des idées, donner l’exemple et prendre les bonnes décisions. Aujourd’hui, si vous rapportez simplement assez d’argent à l’entreprise (sans que vous n’ayez tué personne), plus vous serez promu aux plus hautes responsabilités.

Désormais, quelles sont les trois façons de faire pour devenir rapidement un leader?

  1. Il faut promouvoir les « orientations » de Goldman Sachs, autrement dit, pousser ses clients à acheter des actions ou d’autres produits financiers dont nous essayons de nous débarrasser, parce qu’ils n’ont qu’un faible potentiel de rendement.
  2. “Elephants Hunt” en anglais, « La chasse aux éléphants” : convaincre ses clients – certains intelligents, d’autres moins – de négocier en Bourse ce qui rapportera le plus de profits à Goldman Sachs. Vous pouvez me trouver démodé, mais je n’aime pas vendre à mes clients un produit qui n’est pas adapté pour eux.
  3. Se trouver un poste où votre travail consiste à vendre un produit opaque, non liquide ayant un acronyme composé de trois initiales.

Aujourd’hui, beaucoup de ces directeurs n’adhèrent plus du tout à la culture Goldman Sachs. J’assiste à des réunions de vente de dérivés où pas une seule minute n’est consacrée à rechercher comment nous pouvons aider nos clients. Il s’agit essentiellement de trouver comment on peut leur soutirer plus d’argent. Si vous étiez un Martien débarquant dans une de ces réunions, vous ne pourriez pas croire que le succès d’un client ait pu faire partie du processus de réflexion.

muppets goldman sachs
Muppets ("guignols") : les clients vus par les banksters de Goldman Sachs.

Ça me rend malade de voir comment on parle, sans pitié, de « gruger » les clients. Au cours des 12 derniers mois, j’ai vu cinq directeurs généraux différents, quelques fois même dans des emails internes, qualifier leurs propres clients de guignols. Même après les affaires de la SEC, Fabulous Fab, Abacus, God’s work, Carl Levin, Vampire Squid ? Pas d’humilité ? Allons, allons. L’intégrité ? Elle se désagrège. Je n’ai pas connaissance d’éventuels comportements illégaux, mais est-ce qu’on incite les clients à acheter des produits compliqués et lucratifs, alors que ce ne sont pas les produits les plus simples ou ceux correspondant à leurs objectifs ? Absolument. Chaque jour, en fait.

Ce qui me stupéfie, c’est que la haute direction passe outre une vérité fondamentale : si les clients ne vous font pas confiance, ils finiront par cesser de faire des affaires avec vous. Que vous soyez intelligent ou non ne rentre pas en ligne de compte.

Ces jours-ci, la question la plus fréquemment posée par les analystes juniors sur les dérivés est : “Combien d’argent nous sommes-nous fait sur le dos de ce client?” Cela me dérange à chaque fois que je l’entends, car c’est une réflexion qui émane des comportements observés chez leurs dirigeants et qui modèle la façon dont ces analystes juniors vont se comporter. Maintenant, projetez-vous dans 10 ans : vous n’avez pas besoin d’être un génie pour comprendre que l’analyste junior, tranquillement assis dans un coin de la salle, qui entend parler de « guignols », d’«arracher les yeux» et « faire payer » ne va pas exactement se transformer en un citoyen modèle [...]

vendredi 17 février 2012

Encore un délit d'initié chez Goldman Sachs ?

Selon le Wall Street Journal, les États-Unis ont commencé à enquêter sur un possible délit d'initié par un analyste technologique de la banque d'affaires Goldman Sachs. Selon des sources, « l'enquête concerne Henry King, un analyste très en vue parmi les investisseurs du secteur technologique à cause de ses prévisions très justes sur les entreprises ». Des clients de Goldman Sachs se sont vus dire ces dernières semaines que M. King, qui dirigeait l'équipe d'analystes de recherche de la banque à Taïwan, était en congé, à la suite d'un voyage aux États-Unis plus tôt cette année.

lloyd blankfein goldman sachs
Lloyd Blankfein, le minable PDG de Goldman Sachs.

Goldman Sachs s'est refusé à tout commentaire de même que le bureau du procureur fédéral de New York. C'est la première fois que les activités de recherche d'une grande firme de Wall Street sont directement touchées par l'enquête des autorités fédérales sur des pratiques répandues de délit d'initiés, qui dure depuis plus de quatre ans. L'enquête s'était jusqu'à présent surtout focalisée sur les relations entre fonds spéculatifs et cabinets d'experts.

Goldman Sachs avait déjà été impliquée dans l'affaire Galleon, le plus gros délit d'initié jamais mis au jour aux Etats-Unis. Le fondateur de ce fonds spéculatif, Raj Rajaratnam, est aujourd'hui en prison. Un ex-administrateur de Goldman Sachs, Rajat Gupta, est accusé de lui avoir donné des informations confidentielles. Son procès doit s'ouvrir le 9 avril.

jeudi 16 février 2012

L'économie de partage est-elle la solution à la crise ?

Le blog Tendances Eco (réflexions sur l'économie et la finance dans un monde qui change) a publié un article sur la "dé-possession" comme remède à la crise économique et écologique. Le terme de "dé-possession" est issu du nouveau cahier d'enjeux publié par la FING (Fédération Internet Nouvelle Génération), "Questions numériques 2012-2013 : le temps des ruptures ?" Ce nouveau cahier imagine sept scénarios de rupture pour imaginer l'avenir.
Logo de la FING.

Ces sept scénarios sont les suivants :
  • Posséder, c'est dépassé
  • Éducation, de l'implosion à la reconstruction
  • CDI, c'est fini !
  • Grosse fatigue numérique
  • Vers l'industrie de proximité
  • Sécessions territoriales
  • Rendez-moi mes données !

"Dé-possession" et société de partage

La FING part de ce constat : « face à une crise qui dure, une économie de survie se développe : il faut dépenser moins et générer des revenus complémentaires. Comment ? En partageant tout ce qu’on peut : sa voiture, son logement, ses outils, son bout de jardin, son temps, ses compétences… [...] Petit à petit, la dé-possession devient autre chose qu’une contrainte, un champ d’innovation. Un imaginaire du partage émerge, issu des théoriciens de la décroissance : moins de biens, plus de liens (et un impact écologique diminué) ! [...] Cette transformation qui touche tant la production que la consommation, a en revanche un effet économique paradoxal : en permettant de satisfaire de nombreux besoins à un coût moindre, elle réduit mécaniquement le PIB ».

Est-ce viable économiquement ? Lire la suite sur Tendances Eco.

lundi 30 janvier 2012

Jeffrey Sachs et le monde sans leadership moral

jeffrey sachs
Dans une tribune publiée ce matin dans Les Échos, Jeffrey Sachs, directeur de l'Institut de la Terre à Columbia et conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies pour les objectifs du Millénaire pour le développement, souligne le fait que le monde actuel ne connaît pas seulement une crise économique mais également une crise morale. Pour Jeffrey Sachs, il manque des hommes de la trempe de Vaclav Havel... Ce n'est pas très gentil pour Nicolas Sarkozy (il voulait moraliser la finance ?) ou Barack Obama (le toutou de Wall Street et de George Soros)... Extraits :

La mort de Vaclav Havel est intervenue à l'heure où des manifestations majeures se déroulaient en Russie en protestation contre la fraude électorale ; où les violences en Égypte opposaient les activistes prodémocratie à une armée inébranlable ; où la Chine rurale se soulevait contre la corruption des fonctionnaires locaux ; et où la police aux États-Unis démantelait violemment les campements d'Occupy Wall Street. La réalité d'aujourd'hui est celle d'un monde dans lequel la richesse se traduit en pouvoir, et le pouvoir est au service de la richesse personnelle, aux dépens du pauvre et de l'environnement naturel. Alors que les puissants détruisent l'environnement, engagent des conflits armés sous de faux prétextes, fomentent des soulèvements sociaux, ils ne semblent pas prendre conscience qu'eux-mêmes et leurs enfants devront aussi payer le prix lourd. Mais, à la différence des titans de la dissidence d'hier, nous sommes dotés des instruments que constituent les médias sociaux pour diffuser des messages, surmonter l'isolement et mobiliser des millions pour soutenir les réformes et le renouveau. Aussi, et surtout, nous bénéficions de la constante inspiration que constitue la vie d'un Vaclav Havel.

lundi 23 janvier 2012

Frédéric Lordon dénonce l'oligarchie financière

Dans son intervention lors de la conférence "Leur dette, notre démocratie", organisée le 15 novembre par Mediapart et Attac, l'économiste Frédéric Lordon, auteur de Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza, dénonce l'"oligarchie autistique" qu'est le gouvernement français, ainsi que l'oligarchie financière qui détruit peu à peu le semblant de démocratie en Europe. Déjà une intervention classique.


mercredi 4 janvier 2012

Les voeux 2012 de l'analyste économique Olivier Delamarche

2011 ne finissait pas bien, 2012 commence mal. C'est du moins l'analyse que donne Olivier Delamarche, associé gérant chez Platinium Gestion et coqueluche d'Internet sur les questions économiques et financières. Et oui, la dépression économique est toujours d'actualité ; le problème de la dette n'est toujours pas réglé. Bonne année à tous !