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mercredi 8 juin 2011

Réunion du groupe Bilderberg en Suisse

Le très discret groupe de Bilderberg, qui rassemble une centaine de personnalités de la politique, de l'économie et de l'aristocratie, se réunit à partir du 9 juin dans la station huppée de St-Moritz dans une opacité dénoncée par les acteurs politiques helvétiques.

Bilderberg Group 2011 St Moritz
Le lieux et la date de cette réunion sont entourés par le plus grand mystère. Un porte-parole du département de la Justice et de la Sécurité du canton des Grisons a ainsi seulement confirmé que la réunion se tenait bien à St-Moritz, mais n'a pas voulu préciser l'endroit, les dates et les participants : "nous avons pris des mesures policières spéciales pour protéger des personnalités".

Opposition de la Jeunesse socialiste suisse

Le président de la Jeunesse socialiste suisse, David Roth, a affirmé que la centaine de participants se retrouvaient à partir du 7 juin et pour quatre jours dans l'hôtel cinq étoiles Suvretta de St-Moritz. Selon lui, "il y a un problème lorsque des représentants politiques et économiques se retrouvent à huis clos. Ce groupe prend des décisions importantes en catimini. Les participants ne se retrouvent pas pour boire le café mais influencer la gouvernance". Les Jeunesses socialistes prévoient de manifester le 11 juin dans la station contre cette réunion.

Pas de complot mais une autocensure réelle

Dans son livre La Vraie Histoire du Bilderberg, le journaliste d'investigation Daniel Estulin estime que ce groupe est "devenu une sorte de gouvernement mondial de l'ombre, qui décide lors de réunions annuelles comment il met en œuvre ses plans". De fait, le Bilderberg publie seulement au terme de sa réunion un bref communiqué et une liste des participants. Sur celle de l'année dernière figure le vice-président de Suez-Tractebel, Etienne Davignon, en qualité de président de cette réunion discrète.

Le président de Deutsche Bank, Joseph Ackermann, son homologue d'Axa, Henri de Castries, et le président d'Airbus, Thomas Enders, y figurent également, tout comme le PDG du Washington Post Company, Donald Graham, et la commissaire européenne chargée des nouvelles technologies, Neelie Kroes. Cette dernière, tout comme le commissaire européen à la Concurrence Joaquin Almunia devraient se rendre à St-Moritz, a-t-on confirmé à la Commission européenne.

Doris Leuthard Bilderberg Group 2011
Doris Leuthard, invitée la réunion des Bilderberg à St-Moritz.

En Suisse, la venue de la ministre de l'Environnement et de l’Énergie Doris Leuthard a été confirmée lors de la cession du parlement en réponse à une question du député UDC Dominique Baettig. "Cette réunion est totalement en contradiction avec le modèle suisse de la transparence. Des dirigeants se réunissent sans qu'on puisse savoir de quoi il en retourne", a-t-il estimé. M. Baettig a souligné qu'il ne partageait "pas du tout la théorie du complot", mais il a expliqué qu'on lui avait "fait comprendre qu'il y a une sorte d'autocensure" sur le sujet.

lundi 11 octobre 2010

Crise monétaire et nouvel ordre mondial


L'étude d'un nouvel ordre mondial n'est plus le seul apanage de conspirationnistes paranoïaques. Pour preuve, Jean-Marie Colombani a publié le 7 octobre sur slate.fr une tribune intitulée "La crise a enfanté un nouvel ordre mondial". On lit ceci :

A l’occasion d’un colloque début octobre à Athènes, Romano Prodi, ancien président de la Commission européenne et, par deux fois, ancien président du gouvernement italien, a brossé un vaste panorama géostratégique. Il a évoqué les quatre conséquences les plus visibles dans l’ordre géopolitique de la crise économique et financière actuelle :
- La perte, par les États-Unis, de leur statut de puissance responsable de la stabilité économique mondiale.
- La mise en lumière cruelle des faiblesses structurelles de l'Europe ; à commencer par l’absence, dans la zone euro, d’un gouvernement économique ou, au moins, d’une harmonisation fiscale et budgétaire parmi les membres de l’«Euroland». Plus grave sans doute, le reflux qui s’en est suivi dans les opinions publiques des pays membres de l’idéal européen.
- L’accélération du développement des économies émergentes, lesquelles deviennent de plus en plus des puissances à part entière. De ce point de vue, on avait coutume d’évoquer les «BRIC» (Brésil, Russie, Inde, Chine), alors qu’il faudrait plutôt désormais mentionner les «BIC» (Brésil, Inde, Chine), la Russie étant un cas à part et ressemblant de plus en plus à un émirat du Golfe, produisant du gaz et du pétrole.
- La réallocation du partage du pouvoir au niveau planétaire ou, si l’on préfère, son rééquilibrage dans un monde devenu définitivement multipolaire (constat qui nous ramène au point 1).

Le 10 octobre, sur lemonde.fr, Alexandre Kateb, Economiste, Maître de conférences à Sciences Po, pose une question similaire : "Guerre des monnaies ou nouvel ordre mondial ?" Extrait :

L’expression de « guerre des monnaies » masque le fond du problème, beaucoup plus profond, diagnostiqué non par des économistes, mais par des historiens comme Immanuel Wallerstein, auteur d’une réflexion d’inspiration braudélienne sur les transitions hégémoniques. En effet selon Wallerstein toute phase de transition entre deux grandes puissances hégémoniques – les États-Unis et la Chine dans le cas présent – implique une période de désordre lié aux résistances compréhensibles face à la nouvelle donne. Le recentrage de l’économie mondiale sur l’Asie prive en effet les États-Unis de leur rôle de pivot du système économique et monétaire international. Sans parler de l’Europe reléguée au rang de lointaine périphérie dans le nouveau système-monde qui s’annonce. Ces résistances au changement expliquent les incroyables lenteurs des réformes en matière de gouvernance mondiale, à l’instar du processus de repondération des voix au sein du FMI qui fait apparaître le caractère anachronique de règles fixées il y a plus de soixante ans.