mardi 11 janvier 2011

Les Estoniens brûlent leurs billets de banque

Insolite : d'après Le Figaro, après leur passage à l'euro le 1er janvier, les Estoniens ont eu l'idée d'utiliser les vieux billets de banque de leur ancienne monnaie nationale comme combustible de chauffage pour leurs maisons. De la monnaie de singe donc, pas vraiment un acte subversif façon K Foundation, qui se filma en 1994 en train de brûler 1 million de livres sterling.

Image du film The K Foundation Burn A Million Quid.

Les couronnes estoniennes, collectées avec le passage à l'euro, ont d'abord été coupées en morceaux, puis comprimées, pour servir de combustible à la centrale de cogénération d'Iru qui assure le chauffage de certains quartiers de Tallinn", a déclaré à la presse un responsable de la banque centrale d'Estonie, Rait Roosve. "Il n'y a pas énormément de solutions pour utiliser les billets de banque qui n'ont plus cours", a-t-il ajouté.

L'Estonie, l'un des trois pays baltes sortis du giron soviétique en 1991, est devenue le 1er janvier le 17e membre de la zone euro, et le 3e pays ex-communiste à avoir adopté la monnaie européenne, après la Slovénie en 2007 et la Slovaquie en 2009.

La crise économique et les nouveaux rapports Europe - Asie

Le think tank Chatham House a publié un compte-rendu de la 5ème Asia-Europe Editor's Roundtable, organisée à Bruxelles le 4 octobre 2010, dans le cadre du Dialogue Asie-Europe (ASEM). Le thème était l'engagement à venir entre l'Europe et l'Asie pour sortir de la crise mondiale.


Le compte-rendu souligne l'arrêt de la domination de l'Europe et l'essor de l'Asie dans les rapports internationaux. L'Europe peine plus que l'Asie à s'adapter à la crise économique. Comme l'a déclaré le Président du Conseil de l'Union européenne, Herman van Rompuy, "nous avons des partenaires stratégiques mais nous avons maintenant besoin d'une stratégie".

Le rapport met en lumière l'inadaptation des institutions internationales comme le G8 et le FMI, qui ne reflètent pas les réalités économiques actuelles et sur-représentent les pays européens.

Half of the members of the G8 were European, and only one, Japan, was Asian [...] Similarly, in the IMF the members of the EU hold a 32% share of the vote ; China’s vote, in contrast, stands at 3.7%. Since the IMF presidency has always been European (and the US holds a 17% share of the vote), it is understandable that from the perspective of many in Asia the IMF is an alien and unrepresentative body. After negotiations, the EU has agreed to cede two of its seats on the IMF to developing countries from 2011. But greater restructuring is needed, especially in view of the IMF’s need now for Chinese financial support.


Une question primordiale est donc la place du G20 dans les prises de décisions économiques, ainsi que le remodelage du G20 :

The G20 is likely to set a model for an ad hoc system of global governance. Six ‘Asian’ countries (including Australia) are represented in the G20 [...] Whether the composition of the G20 would (or should) remain the same for future crises is more disputable. In general, the G20 comprises the largest economies of the world. This makes sense in an attempt to resolve an economic crisis. But if a future crisis related to health or migration, for instance, the 20 key stakeholders might well differ.


En conclusion, le rapport estime que l'Union européenne doit trouver des solutions rapides pour garder une position de leader économique international ; et que les pays asiatiques doivent faire face à deux défis majeurs : les droits de l'homme et les dégâts environnementaux.
The EU, and its member states, need to assess how they should deal with emerging issues ; if the Union cannot establish a coherent position in relation to UN reform, then the chances of it being taken seriously as a thought-leader on global governance are slight, to say the least.

While Asia may be in the economic ascendency, it too faces challenges: questions over human rights and democracy are frequently unanswered ; environmental degradation and climate change threaten to affect countries in Asia.

Le rapport complet est disponible sur le site de Chatham House.

Les coûts de la dette de l'Italie dans la zone rouge


Sur son blog, Pierre Jovanovic nous informe que l'éditorialiste économique du Telegraph, Ambrose Evans-Pritchard explique que "les coûts de la dette de l'Italie atteignent la zone rouge". En effet, le pays a largement augmenté ses emprunts depuis 2008, sans pouvoir les rembourser. Conséquence : de jour en jour, l'Italie accroît sa dette, et recule pour mieux sauter :

Italy avoided the sort of property bubble seen in Spain or Ireland and has kept a tight rein on public spending under finance minister Giulio Tremonti. However, the rise in yields looks ominously like the pattern seen in Greece, Ireland, Portugal and Spain when they first began to lose easy access to the capital markets.


Dans son édition du 10 janvier, le Financial Times confirme les explications d'Evans-Pritchard en précisant que l'endettement de l'Italie va atteindre 120 % du PIB en 2011 et que le chômage risque de s'aggraver dans les mois à venir. Le ministre de l'Économie et des Finances Giulio Tremonti pourrait même être amené à restreindre les allocations chômage :
Italy’s unemployed remains at about 8.7 %, according to figures released last week, and analysts say those figures are helped by widespread welfare benefits and temporary lay-offs. Almost a third of those under 24 are unemployed. Economists expect unemployment figures may rise later in the year as Mr Tremonti could be forced to make further austerity cuts, with welfare programmes a probable target.


Concernant le taux de chômage toujours, Zero Hedge relaie que le taux de chômage des moins de 24 ans vient d'atteindre un niveau historique : 28,9 %.

Pour The Market Oracle, cette augmentation de la dette souveraine et du chômage font de l'Italie "l'éléphant invisible" de la zone euro.

lundi 10 janvier 2011

Emmanuel Todd et le protectionnisme européen intelligent

Dans un entretien récent, donné au quotidien belge Le Soir, et repris sur le blog Tout sur la Chine, le politologue, démographe et essayiste français Emmanuel Todd, a livré son pronostic sur 2011, une année difficile pour l’euro. Et l’occasion pour lui de défendre de nouveau un "véritable protectionnisme européen". Emmanuel Todd n'y va pas avec le dos de la cuillère...


Emmanuel Todd sur les plans de relance économique :
2010 fut une année charnière. C'est l'année où les croyances, économiques et politiques dominantes de l'Occident sont arrivées au bout de quelque chose [...]

Les plans de relance ont, à la rigueur, relancé les profits dans les économies occidentales, ont regonflé à un niveau acceptable les indicateurs boursiers, mais n'ont pas fait repartir l'emploi, les salaires. Malgré ces plans, la dégradation du niveau de vie a commencé ; aux États-Unis, les indicateurs mettent même en lumière une diminution de l'espérance de vie [...]

Moi, je me bats depuis longtemps pour un protectionnisme intelligent.


Emmanuel Todd sur l'euro :
Je serais très étonné que l'euro, dans sa forme actuelle, survive à l'année 2011. S'il survit, ce sera dans un contexte de réorientation générale des politiques économiques européennes [...]

Pour moi, l'explosion de l'euro, c'est une probabilité de 90 %. Ce qui provoquerait un trou d'air idéologique formidable mais, dans ce contexte, j'ai très très peur de l'effet de délégitimation des élites.


Emmanuel Todd sur la relance européenne :
La sortie vers le haut : on veut sauver l'euro, on y tient vraiment et on accepte l'idée que le problème mondial, c'est le libre-échange, l'insuffisance de la demande. On fait revenir l'Europe à sa conception initiale de la préférence communautaire. On dit que l'Europe a le droit, dans un monde en guerre sur les coûts salariaux, de faire un virage protectionniste.

Entretien intégral à lire sur Tout sur la Chine.

Oliver Knipping veut privatiser les autoroutes européennes


Le think tank britannique Adam Smith Institute (libertarien à 100 %) vient de publier un article d'Oliver Knipping, un membre du Berlin Manhattan Institute for Free Enterprise (un think tank allemand vaguement environnemental). L'auteur n'y va pas par quatre chemins : selon lui, la "dénationalisation" des routes pourrait réduire les coûts des accidents routiers, les dommages environnementaux et le stress des conducteurs, ainsi que fluidifier le trafic routier. Sans blague. En tout cas, l'idée semble plaire à l'Adam Smith Institute, partisan éternel du moindre État.

Extrait :
Motorways and regional and communal roads should be transferred to private providers. Entrepreneurs should be in charge of operations, maintenance and the construction of new road networks. Also, the providers should decide the method of financing. Roads could be financed by ad posters, electronic commercials or sponsorship – as is already done in soccer stadiums and the like.

L'article intégral est à lire sur le site du Berlin Manhattan Institute for Free Enterprise ou sur le site de l'Adam Smith Institute.

Philipp Bagus : Y aura-t-il un QE3, QE4, QE5... ?

Philipp Bagus, professeur associé à l’Université Rey Juan Carlos à Madrid et auteur de The Tragedy of the Euro (à lire gratuitement sur scribd.com), a publié sur le site du Ludwig von Mises Institute (une organisation américaine libertarienne adepte de l'école autrichienne d'économie) un article intitulé : "Y aura-t-il un QE3, QE4, QE5... ?" Philipp Bagus commence ainsi :

Ben Bernanke a récemment annoncé que la phase 2 de l’assouplissement monétaire, connu sous le nom de QE2, pourrait être suivie d’une phase 3 voire 4, etc. Dans une interview début décembre 2010, il lui était demandé : « Anticipez-vous un scénario qui rendrait nécessaire d’acheter plus de 600 milliards de dollars ? » La réponse de Bernanke a de quoi surprendre : « Oh oui, c’est bien possible, dit-il. Tout dépend de l’efficacité du programme. Ça dépend du niveau d’inflation. Et pour finir, ça dépend de la façon dont l’économie se comportera. »

La réponse a cela d’intéressant qu’elle indique que la Fed (Banque centrale américaine) pourrait acheter davantage de bons du trésor tout en impliquant que l’assouplissement monétaire et l’inflation seraient deux phénomènes différents. En effet, ses déclarations ne seraient sinon que de simples tautologies : plus d’inflation dépend de l’inflation.

Un livre à lire : The Tragedy of the Euro.

Philipp Bagus poursuit en critiquant les assouplissements monétaires, leurs inefficacités et, surtout, leurs dangerosités. Extraits :

A vrai dire, QE1 pourrait entraîner davantage de malinvestissement et ainsi aggraver le problème. Nous pourrions assister à une japanisation du système bancaire au sein duquel des banques insolvables fonctionneraient sous perfusion de la Banque centrale [...]

La création monétaire ne rend pas la société plus riche. Elle ne produit pas davantage de biens. Elle a un effet redistributif en faveur de ceux qui la reçoivent en premier et au détriment de ceux qui la reçoivent ensuite. L’injection de monnaie dans un domaine de l’économie distord la production. Ainsi, QE2 ne permet pas d’assouplir l’économie. Au contraire, elle rend la récession plus dure et plus longue [...]

L’injection de nouvelle monnaie dans l’économie regonfle les vieilles bulles et en génère de nouvelles [...]


L'article complet est à lire en français sur le site de l'Institut Economique Molinari ou en anglais sur le site du Mises Institute.

Crise de la dette et menaces sur l'euro

Le 14 décembre 2010, l’Institut Thomas More a organisé une rencontre sur la crise de la dette et les menaces sur l'euros. Les intervenants étaient :

- Jean-Marc DANIEL, professeur d'économie à ESCP Europe, chargé de cours à l'École des Mines de Paris,
- Gérard DUSSILLOL, président du groupe de travail Finances publiques de l'Institut Thomas More,
- Paul GOLDSCHMIDT, ancien directeur à la Commission européenne, membre de l’Advisory Board de l’Institut Thomas More.

L'Institut Thomas More a publié sur son site un compte-rendu de ces interventions. En voici les extraits les plus forts.


Gérard Dussillol et la faillite de l'Europe :
A moyen terme, d’ici 2013, la question est de savoir si l'Europe et les États membres peuvent restaurer la confiance sur l'euro et sur la dette et comment ils peuvent le faire. La confiance sur la dette veut en fait dire sustainability, i.e. la capacité non pas de rembourser cette dette mais de la contenir... Les États européens fortement liés à l’euro n’ont rien à gagner d’une explosion de celui-ci du fait de leur fort engagement. Concernant la dette, les problèmes irlandais et grec sont a priori réglés ou en passe de l'être. Le Portugal est trop petit pour faire vaciller le système mais la question de l’Espagne est plus sérieuse : est-elle « too big to bail » ?, Après elle, c'est l’Italie et la France qui pourraient se retrouver sur le radar. Pour le moment, elles restent au bord du radar... mais pour le moment seulement.


Paul Goldschmidt et le désendettement :
Aujourd'hui, il faut évidemment se désendetter pour ne pas entraver la croissance et lancer un signal fort aux marchés afin qu’ils arrêtent la spéculation sur les dettes européennes. Deux solutions se présentent alors : soit on suit le modèle d’orthodoxie budgétaire avec des comptes publics en équilibre et donc un remboursement graduel de la dette, soit on dévalorise cette dette grâce à l’option de l’inflation.


Jean-Marc Daniel et l'union des pays européens :
Un véritable fédéralisme est difficile à tenir au niveau européen et ne peut être envisagé dans un avenir proche. L’Europe ne peut se mettre d’accord à 27. Or, elle a plus que besoin aujourd’hui d’être unie et de montrer sa cohésion face à des pays émergents de plus en plus puissants. L’idéal serait d’avoir des leaders prêts à mener et à incarner une politique et une ambition européennes. Rêvons un peu... On pourrait alors imaginer ainsi la distribution des rôles : l’Allemagne en leader sérieux, la France en leader en second moins sérieux, la Grande Bretagne en « traître » de comédie et l’Italie en Colombine fantaisiste et imaginative...