Affichage des articles dont le libellé est Jean-Hervé Lorenzi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Hervé Lorenzi. Afficher tous les articles

jeudi 15 septembre 2011

Mourir pour le yuan par Jean-Michel Quatrepoint

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des Économistes et conseiller du directoire de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild, a publié dans Les Échos un article sur le dernier livre de Jean-Michel Quatrepoint, d'une actualité brûlante : Mourir pour le yuan, sous-titré Comment éviter une guerre mondiale. Cet ouvrage fait suite à La Crise globale (2008) et La Dernière bulle (2009). Selon Jean-Hervé Lorenzi, en dépit de la situation actuelle, cette trilogie se termine "sur une note d'espoir lucide et positive".

Quatrepoint mourir pour le yuan
La Chine et sa volonté de domination

Avec ce dernier livre, Jean-Michel Quatrepoint clôt avec talent et profondeur son analyse de l'économie mondiale, de la crise, des déséquilibres sociétaux et du rôle extrêmement nocif que la finance a joué un peu partout dans le monde, à l'origine des dérèglements profonds que nous connaissons. Précédemment, notre auteur s'était largement appuyé sur une vision économique et sociologique du fonctionnement de nos sociétés, mettant notamment en avant le rôle des lobbys qui progressivement pervertissent nos démocraties.

Mais ici, l'analyse est surtout géostratégique, analysant successivement la Chine et sa volonté de domination, l'Allemagne et son changement de stratégie par rapport à l'Europe et cette dernière, perdue dans ses impuissances et ses contradictions ; sans oublier l'affaiblissement de l'économie américaine et la déception d'un président ballotté entre une opposition virulente et un cabinet largement acquis aux thèses de Wall Street. Plus encore que dans ses deux livres précédents, Jean-Michel Quatrepoint s'appuie sur une vision historique de ces pays qui lui permet de construire une analyse rigoureuse de la situation présente, et surtout de définir les contraintes du futur, notamment pour le nôtre.

Jean-Michel QuatrepointJean-Michel Quatrepoint.

Frustrations et revanches

Car l'histoire des peuples permet de mieux comprendre les frustrations, les désirs de revanche et les stratégies pour les années qui viennent. C'est ainsi qu'il nous fait plonger de manière passionnante dans l'histoire des deux derniers siècles chinois, avec le rôle majeur qu'a pu jouer la guerre de l'Opium, le comportement impérialiste des Occidentaux au XIXe siècle et le retour à une place que la Chine a occupée pendant tant de siècles, la première.

C'est ainsi qu'il nous fait aussi comprendre toute la cohérence de la politique allemande et cette hésitation que celle-ci peut avoir aujourd'hui à soutenir la construction européenne à l'évolution si chaotique ou à se choisir un destin de grande puissance autonome qui va chercher ses relais de croissance dans les pays émergents. C'est bien d'ailleurs un des points de débat naturel que l'on peut avoir aujourd'hui sur la réalité des degrés de liberté dont l'Allemagne dispose, sachant que les deux tiers de ses excédents commerciaux se font en Europe.

Le livre se termine comme il se doit sur la France, dont l'avenir est largement déterminé par l'évolution de ce monde si bien décrit. Cela n'étonnera personne que Jean-Michel Quatrepoint mette en lumière nos capacités à développer un modèle économique et social propre. Le retour de l'action politique consciente et ambitieuse ! Cette trilogie se termine sur une note d'espoir lucide mais positive.

mardi 5 avril 2011

Attali, Lorenzi, la France et la mondialisation

Le Figaro du 5 avril 2011 a publié un entretien croisé entre Jacques Attali, la pythie de l'économie contemporaine, et Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes et conseiller du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild depuis 2000. Tous les deux publient leur nouvel ouvrage : Demain, qui gouvernera le monde ? pour Jacques Attali (un plaidoyer même pas déguisé pour une gouvernance mondiale, on commence à connaître l'antienne), et Le Fabuleux Destin d'une puissance intermédiaire pour Jean-Hervé Lorenzi (la "puissance intermédiaire" étant, bien sûr, la France).

Jacques Attali tabac livres gouvernance mondialeJacques Attali : la gouvernance mondiale pour lutter contre le chaos imminent est sa marotte.

Le meilleur moment de l'entretien est sans conteste les réponses d'Attali et de Lorenzi à la question : "Comment la France peut-elle se maintenir au rang de puissance qui compte dans la mondialisation ?" Jean-Hervé Lorenzi soulève deux thématiques essentielles pour sortir la France de son marasme. On ne peut que l'approuver sur le point crucial du conflit intergénérationnel et du captage du pouvoir et de l'argent par une mafia de gérontocrates illégitimes qui étouffe le pays. Même Honoré Balzac n'imaginait pas un tel réseau de kleptocrates pourrissants et pourrisseurs. Stendhal, un peu plus.
Rarement nous avons été confrontés à une telle difficulté de politique économique. Il nous faut nous attaquer à la réduction de la dette publique, ce qui arithmétiquement constitue une baisse du pouvoir d'achat moyen. Celle-ci doit donc être compensée au moyen d'une réforme fiscale juste et associée à une vraie réforme de l'État [...] Par ailleurs, nous devons résoudre un vrai conflit intergénérationnel. Notre génération a capté l'argent, le pouvoir, les emplois. Il faut par tous les moyens essayer de favoriser des transferts normaux entre générations et ouvrir le marché du travail à la génération montante dans des conditions équivalentes à celles que nous avons connues. Il n'est pas normal qu'un jeune diplômé qui postule pour un simple stage de quatre mois soit obligé de passer cinq entretiens successifs ; ni que deux tiers de nos jeunes soient recrutés en contrat à durée déterminée ; ou que 150 000 jeunes sortent de l'école secondaire sans la moindre qualification.

Jean herve lorenzi guerre capitalisme puissance intermediaireJean-Hervé Lorenzi, auteur du Fabuleux destin d'une puissance intermédiaire.

Jacques Attali souligne quant à lui l'importance de développer une économie "de profit et de justice sociale" et la francophonie, propre à perdurer un semblant d'éclat français dans le monde.
La France doit basculer de l'économie de la rente (éducative, foncière, culturelle, de pouvoir, de classe sociale) à l'économie de profit et de la justice sociale. Si l'État ne se réforme pas, les talents partiront. La France, comme tout autre pays ou comme toute ville, doit se comporter comme un hôtel, c'est-à-dire un pays ouvert, attractif aux idées, aux gens, aux investissements . Mieux, elle doit aller chercher les gens de talent de tous les pays. Non pas nécessairement les bac + 5, mais tous ceux qui ont de l'énergie, qui ont envie de travailler, de créer. Pour moi, l'avenir de la France passe en particulier par la francophonie. La langue française est la seule dont le nombre de locuteurs va être multiplié par quatre en quarante ans grâce à l'Afrique. C'est un outil fantastique, surtout au moment où l'Afrique va devenir une grande puissance économique.