lundi 5 septembre 2011

Michel Cicurel fait le point sur la crise financière de l'été

Le 11 août dernier, en plein krach boursier (qui vit le CAC 40 perdre un quart de sa valeur entre le 30 juin et le 19 août), Michel Cicurel, Président du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, répondait aux interrogations du Figaro. Comme à son habitude, l'homme se veut plutôt positif en soulignant la bonne santé des entreprises non financières et des économies émergentes (ce qu'il vantait déjà dans sa tribune "Le sourire de la mondialisation"). Ce qui ne l'empêche pas de lancer quelques saillies contre les États-Unis et la France ("cela fait dix ans que les États-Unis ont virtuellement perdu leur AAA" !).

Michel Cicurel Edmond RothschildMichel Cicurel, Président du directoire de la
Compagnie Financière Edmond de Rothschild.

Pour Michel Cicurel, l'été "meutrier" du krach n'est qu'un symptôme d'une nouvelle donne mondiale en cours, qui subit une triple métamorphose : la poussée des économies émergentes, la crise des finances publiques en Occident et la crise écologique. Enfin, notons que Michel Cicurel fait partie des partisans de la création d'eurobonds pour faire face à la crise de la dette.

Entretien :

Les places boursières vont-elles mettre fin à leur chute ?

Les marchés vont rester très volatils et propices à des spéculations absurdes, comme mercredi [10 août, journée de rumeur sur la valeur des banques françaises, surtout la Société Générale], qui restera "la journée des dupes". Ils retrouveront une franche direction positive, ce qui est certain, lorsqu'ils auront compris qu'il ne s'agit pas d'un accident mais d'une nouvelle donne mondiale, une triple métamorphose. La première est la poussée des économies émergentes, qui bouleverse le modèle des pays développés fondé sur l'endettement du «consommateur roi» et de son État-providence ! L'un comme l'autre doivent accepter à la fois un niveau de vie contraignant pour l'avenir et le règlement des factures d'un passé de cigale. Les États des deux rives de l'Atlantique doivent se soumettre à une «règle d'or» d'équilibre des finances publiques, arrêtée unanimement par l'ensemble du monde politique.

Quelles sont les deux autres crises?

Précisément, celle des finances publiques que les dirigeants occidentaux n'auraient pas traitée s'ils n'avaient été interpellés par les marchés, donc les épargnants. Cela fait dix ans que les États-Unis ont virtuellement perdu leur «AAA» et trente-cinq ans que le budget de la France est en déficit ! La finance a bon dos ! La crise bancaire de 2008 aura été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Mais ce sont des causes multiples qui expliquent le ralentissement de la croissance des pays développés et aggravent ainsi leurs déficits publics. C'est pourquoi j'aime bien le cocktail français de rétablissement de l'équilibre : contrôle des dépenses sans purge brutale; hausse modérée de la pression fiscale, déjà excessive, sans frapper les entreprises ; financement d'«investissements d'avenir» pour améliorer notre compétitivité. À moyen terme, l'Europe ne retrouvera de la croissance, et des finances publiques équilibrées, que par une mise en œuvre intégrale du programme de Lisbonne.

La troisième crise est écologique, liée à la rareté des ressources naturelles face à une augmentation très forte de la population mondiale et du niveau de vie des émergents. Les pays riches, insuffisamment sobres, souffrent de la flambée du prix des énergies fossiles et des produits de base, dès que la croissance mondiale est soutenue. Au-delà de 80 dollars le baril, la consommation américaine subit une ponction de pouvoir d'achat qui affecte la croissance. C'est la principale cause du ralentissement du printemps, et le contre-choc pétrolier en cours produira ses effets positifs à l'automne.

La situation est-elle grave ?

Non, c'est l'excès d'inquiétude et la spéculation qui sont graves. Le taux de croissance mondial reste élevé. Aujourd'hui, les pays émergents en assurent l'essentiel, mais les pays développés en profitent à condition de s'adapter au nouveau monde et de ne pas tomber dans le piège du protectionnisme. Pour preuve: malgré le niveau élevé de la monnaie unique, l'Allemagne disciplinée reste le premier exportateur mondial.

Certains dénoncent l'échec des leaders politiques. Ont-ils raison ?

Je ne partage pas ce point de vue, même si les élections à venir pour les dirigeants clés du monde occidental inquiètent les investisseurs. Ces dirigeants savent bien qu'en phase d'inquiétude mondiale majeure ils seront jugés sur leur capacité à prendre des décisions responsables plutôt qu'électoralistes. D'ailleurs, la réaction de l'Europe à la crise, depuis dix-huit mois, a été remarquable et courageuse. Il faudra bien aller au bout du chemin et prévenir les crises souveraines plutôt que d'éteindre les incendies successifs. Et donc mettre en place l'«eurobond» et une gouvernance fédérale des budgets de l'eurozone. Nous y viendrons fatalement.

Quelles sont les voies de salut ?

Les entreprises non financières et les économies émergentes, bref ceux qui font des efforts ! Car à la différence des États, qui traînaient à faire le ménage chez eux, les entreprises ont remarquablement redressé leur situation. Elles se portent aujourd'hui parfaitement bien, avec des bilans sains, une montagne de cash, des investissements pertinents et une exposition croissante au monde émergent. Comme toujours, les fourmis impassibles et patientes gagnent la partie !

vendredi 2 septembre 2011

Bankster : Goldman Sachs encore poursuivi par la FED

La Banque centrale des États-Unis (FED) a annoncé le 1er septembre qu'elle envisageait d'imposer une amende à Goldman Sachs pour les "pratiques anormales" de sa filiale Litton Loan Servicing. Goldman Sachs a vendu le 29 août cette société impliquée dans un gigantesque scandale de saisies immobilières irrégulières (les fameuses foreclosures), mais "sera responsable du paiement" de toute amende qu'infligera la FED.

Lloyd Blanfein BanksterLloyd Blankfein, PDG de Goldman Sachs : ce voleur impuni court toujours.

Encore un rebondissement du foreclosuregate

Comme elle l'avait fait pour les autres groupes impliqués en avril, la FED a imposé à Goldman Sachs de faire réaliser un audit indépendant de toutes les procédures de saisies qui étaient en cours chez Litton en 2009 ou en 2010, afin de déterminer le montant du préjudice financier causé aux emprunteurs lésés.

La Fed et d'autres régulateurs avaient rappelé à l'ordre en avril 14 groupes financiers américains impliqués dans ce scandale, parmi lesquels des établissements de premier plan, comme Bank of America, Citibank, JPMorgan Chase, PNC et Wells Fargo, ainsi qu'une filiale de l'assureur MetLife et la banque britannique HSBC. Goldman Sachs n'avait pas été citée ce jour-là.

Une série en cours de banksterisme pour la Goldman Sachs

Parmi les récents délits reprochés à Goldman Sachs, on peut citer deux exemples, pour lesquelles la banque s'en sort en signer un chèque dérisoire. Lloyd Blanfein, le PDG de la banque, n'est toujours pas en prison, prétend œuvrer pour Dieu, et a triplé son salaire en 2011 (passant de 600.000 à 2 millions de dollars par an) :
  • En juin 2010, Goldman Sachs a accepté de payer 550 millions de dollars pour solder une plainte de l'autorité américaine de régulation des marchés boursiers (SEC) qui l'accusait d'avoir trompé ses clients avec des investissements liés au marché immobilier
  • L’Administration nationale des caisses d'épargne (NCUA) a assigné en justice Goldman Sachs, l'accusant de fausses déclarations quand elle lui a vendu des titres "contestables" et lui réclamant 491 millions de dollars.

mercredi 24 août 2011

La Deutsche Bank fraude en Corée du Sud

Deutsche Bank a confirmé le 22 août que quatre de ses employés faisaient l'objet de poursuites en Corée du Sud pour avoir mené des transactions boursières illégales dans le pays. La justice sud-coréenne les accuse d'avoir illégalement empoché plus de 41 millions de dollars (soit 28 millions d'euros) en une seule séance à la Bourse de Séoul le 11 novembre 2010. Ce jour-là l'indice boursier sud-coréen Kospi avait anormalement chuté dans les dix dernières minutes de la séance.

Deutsche Bank : la banque allemande de l'avenir...

Déjà condamnée à 642.000 euros d'amende en février 2011...

La maison de courtage de Deutsche Bank à Séoul est également poursuivie. Les enquêteurs sud-coréens l'accusent d'avoir effectué des opérations d'arbitrage incorrectes sur certains marchés durant cette fameuse séance. Deutsche Bank a affirmé que sa maison de courtage sud-coréenne "nie les accusations", qu'elle n'a "jamais autorisé à violer la réglementation du marché" et qu'elle avait l'intention de se défendre.

En février, la Bourse de Séoul a déjà infligé à Deutsche Bank une amende record d'un milliard de wons (soit 642.000 euros) dans cette affaire. Par ailleurs certaines activités de la maison de courtage de Deutsche Bank à Séoul font l'objet de 6 mois de suspension depuis le 1er avril.

... et condamnée à 541.000 euros le 22 mars 2011 !

Le 22 mars dernier, Deutsche Bank avait été condamnée à 541.000 euros par la Cour fédérale de Karlsruhe, la plus haute juridiction allemande, pour avoir joué contre les intérêts d'un de ses clients. La banque avait conseillé à Ille, une entreprise de robinetterie, d'investir dans un produit financier "complexe" (comprendre "toxique" ou "pourri"). Autrement dit, Deutsche Bank gagnait de l'argent quand Ille en perdait. Du banksterisme pur et simple.

mardi 23 août 2011

Goldman Sachs et la fraude... après Enron et Worldcom

Le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein (qui, rappelons-le, prétend "œuvrer pour Dieu") a engagé un avocat extérieur à la société pour le conseiller suite à la publication en avril d'un rapport du Sénat américain très critique envers la banque d'affaire, connu pour son bankstérisme superactivé directement opératoire.

Lloyd Blankfein Goldman SachsLloyd Blankfein, PDG de Goldman Sachs, futur Prix Nobel de la Paix.

La commission du Sénat avait fustigé le mode de fonctionnement de Goldman Sachs et relevé que l'établissement avait souvent pris le parti de spéculer au détriment de ses propres clients. En juin 2010, Goldman Sachs avait accepté de payer 550 millions de dollars (une blague) pour solder une plainte de l'autorité américaine de régulation des marchés boursiers (SEC) qui l'accusait d'avoir trompé ses clients avec des investissements liés au marché immobilier.

Enron, Worldcom... et Goldman Sachs

Le juriste engagé par Lloyd Blankfein est Reid Weingarten, un avocat pénaliste réputé ayant par le passé représenté l'ancien PDG de WorldCom et un ex-comptable d'Enron. Quand on connaît l'escroquerie monumentale qu'a constitué Enron, qui fit faillite en 2001, suite à des manipulations financières et autres opérations frauduleuse, on a de quoi frémir. Sans parler de Worldcom qui, en 2001 et 2002, a déclaré près de 11 milliards de dollars de revenus totalement fictifs, avant de faire faillite. Goldman Sachs entre dans l'indigne lignée de ces entreprises criminelles.

Un porte-parole de Goldman Sachs a sobrement commenté : "comme il est commun dans de telles situations, M. Blankfein et d'autres personnes qui doivent être entendues dans le cadre de l'enquête du département de la Justice concernant certains problèmes soulevés par le rapport (d'une commission d'enquête du Sénat) ont engagé un avocat".

Goldman Sachs et le financement de la politique américaine

Rappelons que Goldman Sachs est le deuxième plus grand financeur de la politique des États-Unis depuis ces vingt dernières années, avec un versement de 36,7 millions de dollars aux hommes et partis politiques. Des dépenses qui ont tendance à fortement augmenter ces dernières années. Ce sont d'ailleurs les candidats démocrates qui profitent le plus de cette générosité.

Lire également :

- Le bankster Goldman Sachs mis en examen pour usage de faux
- Le "socialiste" Strauss-Kahn vend l'Europe à Goldman Sachs
- Goldman Sachs ou Goldman "Sex" ?

jeudi 18 août 2011

Chavez et la nationalisation de l'or au Venezuela

Le président vénézuélien Hugo Chavez a confirmé le 17 août la volonté de son gouvernement de nationaliser l'or et de transférer les réserves monétaires internationales vers des pays comme la Russie, la Chine et le Brésil. Le Venezuela possèderait des réserves d'or d'une valeur de 18 milliards de dollars américains, dont 7 milliards se trouvent à l'étranger.

Hugo ChavezHugo Chavez, Président du Venezuela.

Dans un entretien téléphonique accordé à la chaîne nationale VTV, Hugo Chavez, explique : "j'ai ici les lois autorisant l’État à exploiter l'or et toutes les activités qui y sont liées. Cela signifie que nous allons nationaliser l'or et le convertir, entre autres choses, en réserves internationales parce que la valeur de l'or continue à augmenter [...] Nous n'avons rien à cacher. Les économies en Europe et aux États-Unis s'effondrent, c'est pour cela que le moment est venu de tester la solidité des économies chinoise, russe et brésilienne."

"Jusqu'à quand continuerons-nous à financer le nord ?"

Compte tenu du risque d'une crise financière pesant sur le monde, le transfert des devises vénézuéliennes vers les "pays amis" serait sain pour les ressources de l’État. Hugo Chavez a en outre indiqué que son État gardait des centaines de tonnes d'or dans les pays capitalistes sans toucher aucun profit. Il s'est exclamé: "jusqu'à quand continuerons-nous à financer le nord ?"

Lutter contre la contrebande

Autre raison de cette nationalisation, moins politique : lutter contre les mafias et la contrebande qui sévissent dans le secteur aurifère du pays. D'après Hugo Chavez, dans le sud du pays, "nous avons l'une des réserves d'or les plus importantes du monde et je vous informe que je vais bientôt approuver une loi nous permettant de prendre en main la gestion de la région aurifère parce que les mafias et la contrebande y font régner l'anarchie".

En 2010, le président vénézuélien avait déjà menacé de nationaliser les mines d'or et de diamants de la province de Bolivar, afin d'éviter des catastrophes environnementales dans une région où sévit l'exploitation illégale.

mercredi 17 août 2011

Le gouverneur du Texas menace Ben Bernanke (FED)

Rick Perry Bernanke 2012
Lors d'un discours devant les électeurs d'Iowa prononcé le 15 août, Rick Perry, Gouverneur du Texas, candidat à l'investiture républicaine pour les présidentielles, s'en est pris à Ben Bernanke, Président de la Réserve fédérale des États-Unis (FED), en raison de sa politique de "planche à billets" ("facilités quantitatives" dans la novlangue de l'oligarchie financière).

Rick Perry a donc déclaré: "si ce type imprime davantage de billets d'ici l'élection, je ne sais pas ce que vous autres ferraient de lui dans l'Iowa, mais nous le traiterions assez mal chez nous au Texas. Créer plus de monnaie pour influer sur la politique en ce moment particulier de l'histoire américaine serait en quelque sorte perfide ou traître à mon sens".

Critiques des Démocrates et des Républicains

Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a répliqué le lendemain : "quand on est candidat à la présidence, il faut faire attention à ce qu'on dit, car les mots ont plus d'impact. Nous prenons très au sérieux l'indépendance de la banque centrale».

Du côté républicain, le principal conseiller et stratège politique de George W. Bush (ancien gouverneur du Texas puis président des États-Unis, a également critiqué Rick Perry : "accuser Bernanke d'être un traître à son pays - la trahison est un crime passible de la peine de mort - et lui dire qu'il va être traité d'une bien sale manière s'il se rend dans le Texas, ce n'était pas présidentiel et c'était inutile" (voir cette vidéo de Fox News).

Max Keiser et la guerre mondiale financière

Dans un nouvel entretien pour Russia Today, le 11 août, l'analyste financier Max Keiser, pourfendeur des banksters, revient sur les conséquences de la dégradation de la dette américaine sur les marchés français et sur la nouvelle offensive de Wall Street : s'attaquer aux dettes souveraines pour faire encore plus de profits et appauvrir les pays. Une véritable Troisième guerre mondiale, selon Max Keiser. Une guerre mondiale financière dans laquelle les pays sont impuissants : "les hedge funds, les agences de notation et les banques de Wall Street marchent désormais ensemble pour déstabiliser la dette des pays".

La Société Générale, BNP et le Crédit Agricole sont insolvables

Concernant la France, selon Max Keiser, "les banques françaises sont pleines de dérivés toxiques. Les banques d'investissement avec les agences de notations et les hedge funds attaquent maintenant les banques françaises [...] La Société Générale, BNP, le Crédit Agricole sont insolvables. Leurs bilans comptables contiennent six à dix fois plus de dettes que ce qu'ils ne peuvent rembourser. Mais cela est caché".



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